RETOUR

A une vingtaine de kilomètres de Laon, perdus au milieu de la forêt, se dressent les restes de l'abbaye de Vauclair.
Les ruines de l'abbaye cistercienne sont restées longtemps oubliées. Le site avait été complètement détruit lors de la première guerre mondiale. Mais en 1965, on commence à dégager le site et, en 1966, arrive le groupe Sources du Père René Courtois. Durant 24 ans, record français, ils ont fouillé le sol pour faire renaître son passé. Ces jeunes archéologues, issus de différentes universités européennes, avaient déjà travaillé avec le jésuite belge dans les ruines d'Orval. Ils seront des centaines à venir dans cette clairière, bénévolement, durant les vacances de Pâques, de Pentecôte et d'été. Vacances de travail et d'amitié dans un lieu d'éveil spirituel.

Aujourd'hui, les fouilles sont terminées et le site invite à la promenade.

Le Père René Courtois n'est jamais reparti et pendant près de quarante ans il a vécu comme un ermite dans sa clairière à la lisière de la forêt. Sa maison était un baraquement de ciment, longtemps sans eau, sans électricité, ni téléphone, avec des tréteaux couverts de livres et de journaux. En effet, deux longues tables de bois massif supportaient livres et documents qui s'entassaient et formaient ses couches archéologiques personnelles.
C'est là qu'il recevait ses visiteurs et aussi les amis. Le solitaire de Vauclair, hôte chaleureux, aimait la compagnie.
Sans télévision, ce jésuite dans l'âme ne vivait pourtant pas en ermite, ni en trappiste éloigné du monde, voire en mystique perdu dans ses béatitudes. Dans l'unique pièce de sa maison, ses visiteurs se succèdaient à une cadence si infernale qu'il se plaignait de ne pas avancer dans ses travaux. Chaque matin, il ne manquait pourtant pas de sacrifier au rituel de la poste, plutôt qu'à celui des prières : partager avec le facteur un moment.

Cet homme d'Eglise prônait donc une foi de terrain. Il ne considérait pas les offices comme une obligation pour vivre en la compagnie de Jésus. Il a ainsi pu pratiquer sa foi dans la vie sociale " Comme un prêtre ouvrier. Le Christ lui-même un homme sur terre ".

Cette lumière qui émane de Vauclair et attire le promeneur provient en grande partie de son ancien gardien fascinant qui entretenait l'esprit du monastère fondé par Bernard de Clairvaux. Et si, dans cette correspondance indicible entre la matière et un être, il incarnait lui-même ce phare de sagesse, d'amour et de bonté ?

Télécharger le PDF
RETOUR